• La plainte de l'arbre

    La plainte de l’arbre

    Me voici dénudé au milieu du jardin ;
    Les oiseaux ne chantent plus dès le matin ;
    La colombe a abandonné son nid,
    Seul, je suis banni.
    Depuis juillet mes feuilles jaunissent
    On dirait qu’elles ont la jaunisse
    En virevoltant, elles se posent sur la pelouse,
    L’habillant d’une nouvelle blouse.
    En été le ciel a fermé ses robinets
    Mes racines en sont gênées.
    Elles ne peuvent plus faire remonter la sève,
    Les feuilles se sont mises en grève,
    Abandonnant les pauvres branches
    Se laissant tomber sur le sol comme une avalanche.

    Sous mes pieds un grand tapis jaune
    A tapissé la belle pelouse qui me servait de trône.
    Les feuilles sont devenues marron
    Puis ramassées comme dans les environs,
    Pour rejoindre un grand bac vert
    A l’allure trop sévère.
    Mes dernières feuilles m’ont abandonnées
    Mon cœur est bâillonné.
    Mes confrères qui ornaient d’autres jardins
    Ont connu le même chemin.
    Dieu de la nature,
    Regarde cette déconfiture ;
    Nos troncs ne sont plus que des squelettes,
    Avance de quelques mois ta pendulette.

    Ma prière a été exaucée,
    Toute blanche est la chaussée,
    La pelouse a changé de couleur
    Réchauffé mon petit cœur.
    Tu m’as revêtu d’un manteau blanc,
    Identique sont les bancs.
    Pas un pas n’a encore maculé cette blancheur
    Ne se sont pas encore levés les marcheurs.
    Un grand silence règne sur la nature
    Qui a perdu toutes ses verdures.
    Merci Dieu de la nature
    Tu as recouvert notre ossature
    D’une épaisseur de neige
    Que bientôt perceront les perce-neiges.

    Guy de Maupassant nous avait bien compris
    Lorsqu’il écrivait dans un magnifique poème,
    Sans aucune duperie,
    Dans un paysage de Bohème :
    « Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
    Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes ».
    Il aurait voulu nous couvrir de son blouson,
    Et dissimiler tous nos hématomes.
    Je préfère être un squelette tout blanc
    Même si mes bras sont tremblants,
    Qu’un fantôme tout gris presque noir
    Que tout le monde laisse choir,
    Oubliant ma splendeur de l’été
    Quand sous mon ombre, ils étaient attablés.
    (24/01/2019)


  • Commentaires

    4
    Dimanche 3 Février à 17:45
    Séverine

    Il est vrai que sous la neige ou le givre, les arbres sont magnifiques, tellement plus beaux que nus comme des vers !

    3
    Vendredi 1er Février à 12:09

    Ah, mais c'est ici qu'il s'exprime, l'arbre nu et que sa plainte est jolie !

    Bravo, Chaton, bises.

    2
    Dimanche 27 Janvier à 09:15

    Coucou Daneil

    Voilà un magnifique écrit comme tu sais les faire

    rien à ajouter...Bravo l'ami...les arbres te remerciement.

    Passe un bon dimanche

    Demain un petit jet d'écriture sur le tiroir.

    bisous

    1
    Vendredi 25 Janvier à 19:15

    Un peu comme nous, en hiver l'arbre se plaint. Mais il sait que bientôt, au printemps, ses branchages vont reverdir. Alors il retrouve le sourire.

    Merci pour le partage de ce très joli poème, Daniel.

    Belle soirée à toi.

    Bisous

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