Le temps
Invisible temps,
Qui emboite le tic-tac de l’horloge ;
Qui suit les astres du ciel,
Celui qui ouvre l’interrupteur de la lumière,
Ou le noir d’une nuit sans lune ni étoile.
Eternel absent d’une vie trop courte,
Je cours après toi pour ralentir ta marche,
Et combler les temps perdus
Sans jamais te rattraper,
Tu es le seul maître à bord.
Marcel Proust s’est lancé dans la bataille :
« A la recherche du temps perdu » ;
Il a fini sa vie sans le trouver.
Qui décomptera les heures perdues
Par ces jeunes recrues,
Envoyés au front
Sans espoir de retour ?
L’inscription de leurs noms sur un monument,
Ne comblera pas le temps perdu,
En pleine jeunesse.
Le temps s’écoule trop vite,
Comme un torrent qui dévale les pentes de la montagne,
Comme une cascade qui chute à nos pieds,
Venant de hauteurs infinies.
Année après année il file,
Vers une extrémité inconnue,
Qui signera la fin du temps
Pour l’individu lambda que je suis.
La mémoire ne peut remonter toute la pente,
Qui est trop longue et trop courte à la fois.
Le temps fuit devant moi.
Pendant des années j’ai eu le temps,
Mais aujourd’hui je crains la fin de ce temps,
Qui m’éloignera des miens à tout jamais,
Qui me parachutera dans un monde inconnu,
Où tout sera différent,
Même le bonheur.
Compter le temps,
Le définir et courir après,
Est une aberration.
Ce temps qui m’est paru si long,
Quand j’étais jeune et que je voulais devenir un grand ;
Ce temps qui nous pousse vers l’avant,
Sans marche arrière possible ;
Ce temps qui nous tient,
Et nous relie aux autres ;
Ce temps rempli d’aléas
Qui ne veut jamais prendre de pause.
Il se presse devant nous,
Sans vouloir nous attendre.
Là-haut, le temps n’existe plus !
C’est ce qu’on nous dit ;
Mais personne n’y est revenu !
Un temps sans limite,
Ni commencement, ni fin ;
On ne naît pas, on ne meure plus.
Temps infini.
Plus de saisons,
Plus d’anniversaire à souhaiter,
Que du bonheur dans l’amour avec les autres.
(05/02/2020)